Neuropathie Post Traumatique et Douleurs de l’Hémicorps: Hystérie ou Réalité?

Déficits somato-sensitif non dermatomériques chez les patients souffrants de douleurs chroniques : Sont ils vraiment atteints d’une Hystérie Psychiatrique ?

 

Dans des publications scientifiques telle que celle du Departement de Medecine Interne, Division de Medecine Psychosomatique de l’Hopital Universitaire de Bern, Suisse ; des patients souffrants de douleurs chroniques montrent souvent des déficits somatosensitifs non dermatomériques (NDSDs, ce terme a été proposé par Mailis-Gagnon et Nicholson K dans leur étude publiée dans le journal scientifique : Clinical Pain Journal) ces déficits sont considérées comme fonctionnels. Dans certains cas, des symptômes moteurs y sont également associés (faiblesses, postures anormales, troubles de la démarches… selon l’etude de Mailis-Gagnon A, Nicholson K. On the nature of nondermatomal somatosensory deficits. Clin J Pain 2011;27:76–84).

dermatomes

Il est egalement souligné par ces auteurs que la prévalence des NDSDs varient entre 25 et 50 % dans les cohortes de populations de douleurs chroniques ( toutes douleurs chroniques confondues, il est a noter que les douleurs chroniques des nerfs craniens, étant d’une grande intensité, la prévalence est probablement plus élevée).

Des 1920 ces symptômes sont décrits

Des 1920, une etude scientifique démontre ce phénomène douloureux associé à des douleurs chroniques dans cette etude allemande:  Pette H. Das Problem der wechselseitigen Beziehung zwischen Sympathikus
und Sensibilität [German]. Dtsch Z Nervenheilk 1927;100:143–8.

Habituellement, les NDSDs montrent une distribution ipsi lateral de la zone de douleur chronique, ceci sur un quadrant ou l’hémicorps. Selon le Manuel des Statistiques des Désordres Mentaux, 4ieme édition, et de la Classification Internationale des Pathologies, 10ieme révision, de tels déficits somatosensitifs sont classés dans le chapitre « désordre de conversion » ( catégorie psychiatrique). De nombreuses publications utilisent également le terme « perte sensitive hystérique » Cependant, les doutes augmentent au sujet de cette vue psychiatrique unilatérale. Ces scientifiques se sont fixé comme but de mieux caractériser les facteurs bio-psycho-sociaux associés avec cette NDSDs. Pour ce faire, ils ont comparé deux groupes de patients souffrants de douleurs chroniques, 90 souffrants de douleurs chroniques associées à une NDSDs, 90 ne souffrants que de douleurs chroniques. Les patients avec NDSDs montraient tous des déficits somatosensitifs diffusant sur l’ensemble de l’hémicorps. Les patients ayant subi des traumatismes physiques étaient prédisposés à souffrir aussi de NDSDs. A contrario des patients qui souffrent de douleurs chroniques sans NDSDs (et sans cause pathologique, tumorale ou autre), qui eux présenteront des troubles de la personnalité et/ou ayant eu des expériences traumatisantes durant l’enfance.

La fréquence des dépressions comorbides et troubles d’anxiété ne différaient pas d’un groupe à l’autre. En conclusion, les patients souffrants de douleurs chroniques associées à des NDSDs ne sont pas plus susceptibles que les patients n’ayant pas de NDSDs de souffrir d’une pathologie psychiatrique. En se basant sur les observations scientifiques de cette publication acceptée en 2012, des termes tels que « hystérie psychiatrique » ne doivent pas s’appliquer plus longtemps aux patients avec NDSDs qui souffrent de douleurs chroniques.

Les douleurs NDSDs sont considérées comme fonctionnelles car il n’y a pas d’évidence de blessures ou affections du système somatosensitif, tout comme dans le cas des neuropathies. Le fait que les NDSDs apparaissent habituellement après une blessure physique et sont associées à des déficits neurologiques qui peuvent être évalués objectivement aiguillent ces symptômes vers une base organique. Les études de Rommel et collègues ont décrit NDSDs avec distribution hemisensorielle chez des patients avec chirurgies échouées et un syndrome complexe douloureux (CRPS). De plus, des études expérimentales avec des NDSDs induites localement, ainsi que des résultats d’études de NDSDs avec une imagerie cérébrale fonctionnelle suggèrent également une base biologique ( et non psychiatrique).

Et enfin, dans les NDSDs, de multiples facteurs pathophysiologiques sont suspectés. Le schéma hemisensoriel et les résultats des imageries fonctionnelles du cerveau suggèrent une dysfonction du système nerveux central.

Note de la traduction:

A la lecture

-de ces publications,

-de la fréquence allant jusque’à  50 % chez les patients atteints de douleurs chroniques telles que la neuropathie post traumatique du trijumeau

-de l’ancienneté de la connaissance de ces symptômes, décrits des 1920,

il devient des lors innacceptable d’encore diagnostiquer un patient souffrant de douleurs chroniques post traumatiques et présentants des douleurs et pertes sensitives sur l’ensemble de l’hemicorps comme des patients présentants un état emotional fragile et une origine psychiatrique à ses douleurs.

Dans un prochain article, je partagerai mes lectures, qui amènent a la comprehension du phénomène de ces symptômes douloureux post traumatiques sur l’hémicorps.

Si Hippocrate Savait….qu’on ne lit pas la science…et que par facilité on préfère coller une étiquette psychiatrique à un dossier de patient…